Il
était une fois une sorcière qui vivait avec
son chat noir nommé Chapalette.
Elle
était très grosse et s'appelait
Corpulente.
Elle
tenait ses pouvoirs d'un panier magique. Il faisait
changer de couleur ceux qui s'approchaient de lui en
récitant la formule magique suivante :
"Abracadabrus,
abracadabrus
par la ficelle de carabus
change-moi d'colorus"
À
part ça, elle n'était pas très
différente des autres dames du quartier, et
personne ne se doutait qu'il s'agissait d'une
sorcière.
Sa
maison aussi ressemblait aux autres. Elle était
située dans une vieille ville, au fond d'une
ruelle, tout près d'un marché. Avec des
rideaux blancs à pois rouges, de jolis pots de
géraniums sur le rebord des fenêtres.
Comme
elle était belle cette maison... Vue de
l'extérieur en tout cas, parce que si l'on avait
pu s'approcher, regarder derrière les rideaux et
les fleurs, jeter un coup d'oeil à
l'intérieur, on aurait aussitôt frémi
tellement c'était effrayant, lugubre, sombre comme
une nuit sans lune.
Sous
d'immenses toiles d'araignées qui pendaient
partout, les murs étaient noirs, le plancher
était noir, le chaudron était noir, les
placards, les plafonds, la table et la vaisselle, les
vêtements, la lampe, le frigo et les radiateurs, le
café, les lunettes, la magie et les romans :
TOUT ÉTAIT NOIR, même le grand canapé
moelleux sur lequel Chapalette adorait s'endormir
(après avoir regardé la télé
en noir et blanc).
Pourtant
depuis quelques temps, il hésitait à y
aller et devenait de plus en plus triste.
Vous
aimeriez savoir pourquoi Chapalette avait ainsi des
idées noires ? Eh ! bien
voilà : lorsqu'il dormait niché bien
doux au creux du canapé, on ne le voyait
plus !
Noir
sur noir, comprenez-vous ?
Or,
Corpulente aimait aussi s'asseoir là et
lorsqu'elle était fatiguée, elle
s'écroulait lourdement sur... sur les
coussins ? mais non : sur son
chat !
Et
voilà pourquoi, lassé d'être sans
arrêt écrasé par le gros
derrière de la sorcière, Chapalette
décida un beau jour d'aller au grenier consulter
le panier magique...
Il
avait grand'peur : le lieu semblait
hanté.
Pourtant,
il ne se découragea pas et ouvrit la porte en
tremblant. Quelle pagaille !
"Des
placard à cafards,
des bonbons au poison,
des potirons remplis d'potion
et, dans un coin, bien alignées,
de jolies "étoiles d'araignées".
Derrière
toutes ces horreurs se trouvait un rideau. Chapalette le
souleva et vit une lueur qui se mit à grossir. Au
bout d'un certain temps, il en sortit un joli panier
multicolore, tout auréolé d'étoiles.
Le
panier vint se poser aux pieds de Chapalette et lui
dit :
-
Approche ! approche. Raconte-moi ce qui te
tracasse.
Tout
d'abord, le chat eut très peur, mais il reprit
vite confiance :
-
Panier magique, j'en ai assez de me faire sans
arrêt écraser par le gros derrière de
ma maîtresse, pourrais-tu me faire changer de
couleur ?
-
Volontiers, mais à une condition : donne-moi
ta patte et récite ma formule magique.
Le
chat sauta dans le panier et récita :
"Abracadabrus,
abracadabrus,
par la ficelle de Carabus
change-moi d'colorus."
Aussitôt
il devint rose.
-
Merci, merci mille fois, dit-il. Et il reprit le chemin
du canapé.
Arrivé
là, il s'endormit sous le plus gros coussin. Seul,
un bout de sa queue rose dépassait.
Pendant
ce temps, Corpulente revenait du marché.
D'un
air gourmand, elle posa son panier à provisions et
sortit le saumon qu'elle venait d'acheter.
Puis,
elle s'affala lourdement sur le canapé,
aperçut la queue du chat qui dépassait du
gros coussin :
"Tiens !
se dit-elle, mon saumon ! il a dû
tomber."
Et
elle croqua le bout de la queue de Chapalette.
-
MIAOUOUOU... OU... OU... OUILLE ! hurla le
chat.
"Beurk !
quel saumon poilu, pensa la sorcière, et en plus
il miaule..."